Toutes blessent, la dernière tue.


de Karine GIEBEL

Vulnerante omnes ultima necat – citation Latine inscrite sur les cadrans solaires puis aux frontons des horloges, édifices publics et églises…

Pourquoi lire ce livre ?
L’on dit souvent que la réalité dépasse la fiction et c’est très (trop ?) souvent juste.
Pour autant, la fiction aussi terrible soit-elle permet au lecteur non pas de découvrir la réalité mais de la mieux supporter et, in fine, de se décider à agir…

Résumé :

Pour planter le décor !

Mon avis :
Un coup de poing intérieur qui ébranle chacun de nos nerfs jusqu’au cerveau, au plus profond de notre être…
Voilà ce que je ressens encore quelques semaines après avoir lu ce livre.
J’admire le courage de Karine GIEBEL pour les recherches qu’elle a menées afin de donner un aperçu de ce que vivent ceux que l’on appelle communément les ‘esclaves modernes’. Plus louable encore est l’association qui lui a fourni les éléments nécessaires et dont vous trouverez les coordonnées en fin d’article.

Difficile de trouver les mots, comme toujours lorsque nos émotions relèvent plus du maelström tant leur intensité est forte, quelles soient positives ou négatives, pour un peu il y aurait de la vénération, de l’admiration, de la compassion autant que de mépris, de haine, de rage froide…

L’enfer de Tama commence alors qu’elle porte encore son prénom de naissance, la mort de sa mère quand elle a cinq ans la chasse de ce demi-paradis, elle est confiée à sa tante, personnage taciturne et peu démonstratif mais qui l’envoie à l’école plusieurs jours par semaine. Le reste du temps, elle aide aux tâches ménagères sous la férule vigilante de de cette femme qui la prépare ainsi à la vraie vie d’une fille de la campagne marocaine.

Puis un jour, son père étant remarié et ayant eu deux fils, ne peut plus aider à l’entretien de sa fille de 8 ans. Une belle Marocaine vivant à Paris lui promet une vie meilleure faite d’études débouchant sur un bon travail pour cette enfant, l’affaire est conclue pour 80 euro et une jolie poupée que la fillette tient comme un trésor.

Le père y croit et fait jurer à la petite de se bien comporter et de faire honneur à sa famille. Tama est partagée entre le bonheur de quitter cette terre pauvre et l’inconnu qu’est cette nouvelle vie dans laquelle elle ne peut se projeter. Elle remarque seulement que sa tante est triste… En fait elle ne sait pas trop ce qu’elle ressent.

Dans la belle voiture, le ton change, la belle dame est tranchante comme un rasoir, le voyage et l’arrivée dans un Paris pluvieux représentent bien les sentiments de Tama qui ne comprend pas ce qui se passe tout en pressentant des lendemains très différents des promesses faites à son père.

Pour Gabriel c’est une autre histoire, lui n’est que haine : un texto, une enveloppe avec photo et adresse et la cible meurt à coup sûr selon un scénario à chaque fois différent. Propre, efficace, professionnel, il est investi d’une mission et vit reclus aux fins fonds de la montagne Cévenole avec pour seuls compagnons son vieux chien, ses deux juments et… ses regrets. Chez lui, il est souffrance…
On comprend vite son drame, ce souvenir qui le hante, ce fantôme qui soudain lui parle, ou bien est-ce l’inverse ? Mais il l’écoute, lui répond et… lui obéit !

Si l’enfer c’est les autres comme l’a écrit Jean Paul Sartre, alors ce livre le démontre avec force en y ajoutant que l’enfer c’est aussi soi-même…

Alors Gabriel, tel l’archange divin, fait justice dans ces ténèbres qu’il a choisies, ou plutôt qu’il subit.
Alors Tama, devenant esclave de différentes familles, souffre dans sa chair, terriblement, horriblement… Pourtant elle a cette lumière en elle, ce fol espoir, cette volonté indestructible de rester elle-même, elle apprend à lire en cachette, se rebelle parfois, en paie le prix au centuple mais elle tient bon, elle vit.

A l’heure du choix chacun est libre, même une esclave, même un enfant battu, même des êtres meurtris au plus profond de leur coeur, de leur âme. Haïr se décide, aimer se décide.

La haine aide à vivre , comme une revanche, une vengeance, tant qu’elle brûle en nous elle nous porte, devient notre seule boussole, notre seul but. Mais en brûlant, elle nous consomme de l’intérieur : nous sommes sa chose.

Aimer envers et contre tout c’est s’ouvrir à la vie, trouver la lumière où qu’elle se trouve, quelle que soit sa forme … Oublier son sort un instant, juste un moment salvateur.

Ce roman m’a rappelé les témoignages de certains déportés survivants des camps nazis, c’est vous dire !

Face aux aléas de la vie, à l’heure du choix chacun est libre de se sacrifier pour les autres, de mourir avec l’être aimé, d’ouvrir à nouveau son coeur, de nier ce que l’on a fait, ce que l’on est devenu.

La rédemption existe aussi…

J’arrête là afin de vous laisser le plaisir de vivre (oui vous avez bien lu !) ce roman. Une petite attention simplement au choix de certains prénoms…

POUR MEMOIRE (ainsi que l’a fait l’auteure) :
ARTICLE 4 DE LA DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME – 1948 :
‘ Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes’
5 AOUT 2013 : LE CODE PENAL FRANÇAIS PUNIT LA REDUCTION EN ESCLAVAGE, LA SERVITUDE ET LE TRAVAIL FORCÉ


Comme promis en début d’article, voici le nom et les coordonnées de l’association qui a ouvert ses portes à Karine GIEBEL :
OICEM
72 rue de la République
13002 MARSEILLE
+33 04 91 54 90 68
site : http://www.oicem.org
(Organisation Internationale Contre l’Esclavage Moderne)

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