L ‘ÉCRITURE DU MONDE de François Taillandier (2013)


SAUVEGARDER LE SAVOIR DES HOMMES POUR LES HOMMES

Pourquoi lire ce livre ?

En résumé :

Au VI ème siècle de notre ère, l’empire romain d’Occident n’est que ruines et cendres. Les terres comme les peuples sont ravagés par ces ‘barbares’ que Rome avait tant combattus. Il reste l’empire romain d’Orient, trop occupé à lever taxes et impôts afin de protéger ses propres frontières, et que ce vieux monde n’intéresse guère autrement.
Pourtant, au milieu de cet Occident tumultueux et violent, un homme et une femme vont tenter de sauver et construire les fondements d’une société nouvelle comme un pont entre l’ancienne et la nouvelle Rome entre le Savoir et la Foi, allant à l’essentiel : l’amour et la paix.

La presse en a parlé :

  • « Avec l’écriture du monde, François Taillandier ranime le VI ème siècle et porte au plus haut le roman historique » Le Monde des livres.
  • Loin des romans historiques qui donnent l’impression de se promener au Musée Grévin, L’écriture du monde a le don de restituer, par delà les tourments des âmes, la palpitation, la chair et le sang d’un siècle décisif. Le Figaro littéraire
  • Un projet d’une considérable ambition, dont cette livraison apparait tout simplement remarquable. Le tableau est puissant. On attend avec impatience les deux volets à suivre. L’Humanité
  • Il restitue avec grâce l’angoisse d’un monde entre deux rives – le n^tre ? On attend la suite. Avec impatience. L’Express

Mon avis :

En fait, c’est la 4 ème de couverture qui m’a intriguée et j’ai acheté ce livre.
Bien m’en a pris : je me suis régalée du début à la fin !

Cependant c’est une gageure que de vouloir écrire un article sur une oeuvre de cette qualité littéraire, linguistique même, et historique portant sur une période assez mal connue.

Pour nous orienter dans cette terra incognita nous trouvons entre autres personnages Clovis et Clotilde, ainsi que nos cruelles grands-mères médiévales préférées : Brunehaut et Frédégonde ! Des rois, des empereurs, des papes, des moines, des guerriers ou encore des courtisans forment la toile de fond des Îles de Bretagne jusqu’en Perse, sur laquelle évoluent à plusieurs décennies d’intervalle ces héros : deux figures historiques réelles et totalement inconnues : Cassiodore et Théolinda.
Dans sa note en fin d’ouvrage, l’auteur nous explique son choix de parler essentiellement de batailles ou faits politiques plus connus ou dont les conséquences ont été fondamentales et nous avoir fait grâce du reste. Je vous garantis que c’est heureux, car de batailles en guerres des chefs, de traités en trahisons, on y passerait tout notre temps ! Or ce temps nous est aussi bien compté que conté.
Que ce soit Cassiodore ou Théolinda, chacun fait un retour sur son passé, ses choix, ses certitudes effritées par la vie…
L’un comme l’autre, ils prennent conscience de la vacuité du pouvoir qu’ils ont exercé et s’interrogent dans leur vieillesse de ce qu’ils vont laisser dans l’Histoire qu’ils ont contribué à construire.
Il ne s’agit pas là de leur personne, mais de leurs actes, de leur volonté de paix, de leur politique qui sombre dans l’ombre d’un oubli du monde qu’ils perçoivent nettement à la fin de leur vie.

Leurs souvenirs nous donnent à sentir d’entrée l’odeur âcre du sang, des corps en putréfaction, des miséreux en haillon, des villages incendiés, nous voyons déambuler ça et là de pauvres hères hébétés. Nous assistons aussi aux banquets au cours desquels les guerriers festoient comme ils se battent, nous pénétrons dans l’intimité des demeures comme dans celle des coeurs…

Tous deux chrétiens, leur éducation et les moeurs de l’époque les ont façonnés. Lui le patricien élevé dans l’étude à la romaine, empreint de ce stoïcisme qui se marie si bien avec la nouvelle religion. Elle, la barbare, fille d’un vassal de Clovis, roi des Francs, dont le destin est dans le mariage et la lignée : servante d’un serviteur. Elle possède un livre, Le Livre, et de sa lecture elle tire des enseignements, des questions auxquelles elle finit par rechercher les réponses par elle-même.
Il décide de servir le roi des Goths, pensant que ce faisant il sert l’Etat, ce qui est assez juste puisqu’il arrive à influer sur les décisions jusqu’à rendre le royaume relativement paisible, où tous cohabitent le mieux possible. A la demande du roi, il écrit, avec une certaine condescendance, une histoire des Goths. Sa diplomatie fait merveille et lui sauve la vie à plusieurs reprises. Il tente de maintenir un équilibre délicat entre les Chrétiens disciples d’Arius, théologien d’Alexandrie au IV ème siècle, qui rejetaient la Sainte Trinité et ceux restés fidèles à l’Eglise. Les massacres étaient fréquents perpétrés soit par les barbares soit par les chrétiens eux-mêmes. Il est ainsi au centre de la politique de sa péninsule, tantôt pour les envahisseurs tantôt sur ordre de l’empereur Justinien qui tient régulièrement à rappeler qu’il est le seul maître de tout l’empire qu’il soit d’Orient ou d’Occident.
Changement de régime, retournements politiques : sa réputation sans tâche le protège, on l’oublie gentiment. Il va enfin faire oeuvre utile pour la gloire de Dieu et l’avenir de l’Humanité.
Elle découvre que sa mère a des ancêtres lombards, une ascendance royale, cela lui donne une identité : elle obtient âprement de son père l’époux qu’elle a choisi, un roi Lombard, guerrier, et qu’elle va retrouver dans ses terres. Il meurt quelques temps plus tard sans héritier. Une délégation de ses farouches guerriers vient lui demander de reprendre époux. Sa jeunesse et sa beauté deviennent un atout, elle perçoit le besoin traditionnel d’une Femme-Mère protectrice de ce peuple fier et belliqueux, à l’image ces femmes de son Livre telle Marie ou Elisabeth, elle s’en empare, elle l’incarne. Elle choisit un époux, le plus dévoué à son mari, elle gouverne, il combat. Elle donne un héritier. Le fidèle parmi les fidèles meurt à son tour, elle fait son devoir et règne au nom de son fils qui ne montre aucune des qualités requises. C’est le début de la fin.
Eu égard à ce qu’elle a été, on la laisse vivre en son palais avec les moyens nécessaires, pour l’égayer ses fidèles servantes lui présentent des musiciens, des poètes errants que les honneurs n’impressionnent guère, elle s’en étonne ignorant que de telles personnes existent…
Reste une question sourde et angoissante : à l’heure de le rejoindre, Dieu a-t-il seulement été présent dans son esprit durant toutes ces années alors qu’elle a oeuvré pour sa Gloire ?

Le livre accorde ainsi beaucoup de place à la réflexion pure, à la philosophie, à l’âme humaine de ses principaux personnages, leur donnant une lucidité, une rigueur, une honnêteté intellectuelle qui nous font fort défaut dans nos sociétés d’aujourd’hui… L’on peut toujours redécouvrir l’eau tiède, mais c’est surtout du temps perdu ! S’approprier les connaissances, même erronées, de nos anciens, nous permet d’avancer. Les ignorer, c’est reculer et prendre le risque de retourner à la barbarie, au sens péjoratif du terme…

Certains autres personnages historiques servent de lien pour garder le fil conducteur : que laisser aux hommes à venir comme témoignage de la vie des hommes du passé ?
Rassembler et recopier tout ce que l’être humain a découvert, pensé, dit et écrit quel que soit le domaine, depuis le début de l’Humanité et pour la Gloire de Dieu.
Ce que fera l’évêque d’Hispalis, Isidore, en rédigeant ses Étymologies, première encyclopédie connue.
30 ans plus tard, loin de l’Europe, un certain Mahomet s’empare de La Mecque et impose le culte exclusif d’Allah.

Pour finir, je ne peux que m’émerveiller du style suivant le rythme du récit, de la langue aussi belle à lire qu’à parler, comme il se devait dans la culture classique. Un vocabulaire riche, varié et précis.

Enfin, pour la route, j’ai découvert d’où venait le mot olibrius même si je me dis que l’Histoire a un humour grinçant parfois ! Vous jugerez par vous-même !
Deux autres tomes étaient prévus. Je dois me les procurer pour continuer de dévorer ce Grand Oeuvre qu’est L’écriture du monde

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