L’homme aux cercles bleus de Fred VARGAS 1991


La première enquête du commissaire Adamsberg

Pourquoi lire ce livre ?

En résumé :

Paris se réveille chaque matin avec une rue dans laquelle quelqu’un a tracé pendant la nuit un cercle bleu entourant un ou plusieurs objets hétéroclites. Autour des cercles, toujours la même phrase « Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? ». Pour les journalistes, cela relève d’une bonne farce en plein été même si l’auteur anonyme est plutôt lettré d’après ce qu’en disent les psychiatres. Pour le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, c’est le prélude à des meurtres dont il ignore tout mais qui surviendront tôt ou tard. Il n’a aucune preuve, mais il le sait : c’est aussi simple que ça.

La presse en a parlé :

« Commencez ce livre, vous ne pourrez plus vous l’arracher des mains. Quant à savoir dans quel rayon le classer, peu importe ! Vargas est unique en son genre » TÉLÉOBS

Mon avis :

Autant vous le dire tout de suite, Jean-Baptiste Adamsberg fait partie de mes chouchous, c’est ma famille en lecture !
Donc le commissaire Adamsberg a été nommé à Paris depuis quelques mois et son équipe s’intègre gentiment et doucement dans le monde parallèle du commissaire. Ou plutôt, ce dernier ingère ses hommes, les fluidifie, les révèle à leurs propres yeux sans qu’ils s’en rendent vraiment compte, et quand ils s’en rendent compte, ils sont déjà consentants !
Avant de parler de l’intrigue, je vais tenter de vous décrire l’univers VARGAS/ADAMSBERG.
Car c’est bien d’un univers dont il s’agit, dans lequel Jeans-Baptiste serait à la fois le soleil et les lunes. L’art de Fred Vargas réside précisément dans l’agrégation et les interactions régissant ce petit monde.
Le physique sculpte le personnage, le verbe le définit. Tour à tour ironique, poétique, tendre, acéré, passant de l’ellipse au rapport méticuleux de paysages ou de souvenirs, les premiers servant d’écrins aux seconds.
Le style de Fred Vargas nous fait accepter et aimer cet ensemble improbable dans la vie : au vrai le seul lien tangible avec la réalité est l’intrigue.
En effet, je doute que Jean-Baptiste ait un alter ego dans n’importe quel service de police au monde, de même que son adjoint, Danglard, dont l’âme de la dive bouteille (du blanc exclusivement) s’empare tôt dans l’après-midi. Une encyclopédie ambulante, une mémoire à toute épreuve, une lucidité effrayante et cinq enfants dont un « coucou » que sa femme lui a laissés en partant avec un autre homme. Ils sont sa raison de vivre, le grondent ou le cajolent, les moments privilégiés consistent à discuter ensemble des affaires en cours mais, aussi et surtout, du nouveau commissaire qui étonne, qui détonne… Il viendrait de Mars que Danglard comprendrait enfin pourquoi il ne le comprend pas ! Il serait « normal » en somme, même si la question suivante l’obséderait : comment peux-tu en être certain vu que tu ne connais pas de Martien ?! Danglard : un penseur, un censeur empêtré dans ses questions aussi profondes qu’un puits sans fond. Mais loyal jusqu’à l’affection pudique quand la raison n’y suffit plus.

Ces deux-là sont les faces d’une même pièce : l’intuition tempérée par les faits, bien que le plus souvent, in fine, les faits donnent raison à l’intuition…

Jean-Baptiste reconnait lui-même qu’il ne sait pas réfléchir, ni penser comme le font les autres. Il sent l’âme humaine, la renifle et la reconnait comme un animal sauvage sent les odeurs des autres dans la nature. C’est un de ses problèmes : il n’est jamais surpris ni par le profil des tueurs ni par leurs mobiles. S’il est à Paris, c’est parce qu’il a une carrière réussie. On le connait de réputation, et forcément surpris en le voyant. Cela aussi, il le sait et n’y peut mais.
Il souhaiterai tant être vraiment surpris, devenir aveugle aux turpitudes que lui seul semble voir, sans odorat pour ne plus renifler d’instinct la pourriture intérieure des êtres…

Et il y a Camille, la Petite Chérie, qui est partie un jour loin de lui. Il ne lui en veut pas, il l’aime, souhaite son bonheur. Surtout, il se connait et comprend l’impossibilité qu’elle a eu de vivre avec lui plus longtemps. Elle fait partie de lui, n’est guère dérangeante d’ailleurs.

Adamsberg c’est le minéral et l’eau, étranger à lui-même quand il s’égare dans les ailleurs, il est plein de vide comme il est rempli de vie, naïf et doux, décidé et têtu, c’est selon les circonstances…
Exaspérant de lenteur, le temps lui est étranger… Il vit au rythme de ses montagnes et des rivières de son enfance.

Qu’on ne se méprenne surtout pas : c’est un être de chair et de sang et non un ectoplasme !

Et il y a aussi les autres personnages, ceux de l’intrigue dont certains deviennent récurrents au fil des romans.

La Reine Mathilde dont on découvre qu’elle est la mère de la Petite Chérie, qui abrite de drôles de locataires auxquels elle donne des surnoms en fonction de leurs caractères et … caractéristiques ! Car elle est internationalement connue, la Reine Mathilde. Scientifique renommée des mondes marins les plus profonds de préférence et plongeant seule, qui plus est, aussi souvent qu’elle le peut.
Comme les baleines, elle doit sortir des abysses pour respirer et faire le plein de la vie terrestre et des humains qui la composent. Ainsi elle en suit certains ou certaines des jours durant et les observe, comme elle le fait avec ses poissons. Quand elle est rassasiée de ses recherches en surface, elle repart sonder les océans…

La première rencontre entre les deux amours de la Petite Chérie est organisé par elle, qui a su on ignore comment, qu’Adamsberg a été muté à Paris. Elle envoie sa mère afin d’avoir des nouvelles à la source, fiables surtout .
Après, c’est l’enquête qui les réunit car bien sûr, il y a des meurtres commis et Mathilde a suivi l’homme qui trace les cercles à plusieurs reprises.

À part Camille, ils ont un autre point commun : ils délient les langues, chacun à sa façon.
Elle, abrupte et généreuse, lui doux et inébranlable…

Je n’en dis pas plus sur les évènements policiers, c’est la cerise sur le gâteau ! Qui, comment, pourquoi ? Une seule façon de le savoir : lire ce livre !

Certains des romans de Fred Vargas ont été portés à l’écran, dont celui-ci…

Incarner Adamsberg est une gageure, mais chaque acteur s’en sort avec les honneurs si l’on est conscient que nous avons notre propre image de ce héros improbable et que personne ne peut lui ressembler tout à fait…

La bande annonce du téléfilm diffusé sur France 2 et une image… Pour mémoire, le personnage de Violette (Corinne Masiero) n’existe pas encore dans ce roman…

Affiche L'Homme aux cercles bleus

2 réflexions sur « L’homme aux cercles bleus de Fred VARGAS 1991 »

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